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Etonnante et curieuse existence que celle de Dom Gerle (Antoine-Christophe, né en 1736), enfant de Riom, homme de Dieu, devenu, très vite, haut responsable dans l’ordre des Chartreux.

Fils de la grande bourgeoisie de robe, touchant à la petite noblesse, attiré par la vie monastique, il se tourna vers l’ordre le plus strict, le plus rigoureux de l’Eglise catholique.


Il gravit assez vite les échelons de sa hiérarchie, prouvant ainsi des capacités intellectuelles certaines mais aussi des compétences dans les relations avec autrui, dans la gestion d’un grand domaine et le gouvernement des hommes.

On le retrouve, à quarante ans, supérieur de la chartreuse de Port Sainte Marie, dans la vallée de la Sioule en Auvergne, puis, début 1789, visiteur d’Aquitaine.

(Ci-dessous une gravure représentant le domaine de  Port-Sainte-Marie)

chartreuse

Comment penser qu’il put, devenu député suppléant puis député à la Convention, fin 1789, rejoindre le club des Jacobins, prêter serment à la constitution civile du clergé et demander à Robespierre de lui écrire une attestation de patriotisme ?

Où est la faille chez Dom Gerle ? N’ayant pas rédigé de mémoires, il est difficile de le savoir. Une piste peut cependant nous guider. Il y avait chez lui une tendance (une faiblesse ?) à prendre au sérieux et à se rapprocher de personnes au mysticisme exalté, voisinant souvent avec la folie.

Ce fut le cas avec la « prophétesse » Suzette Labrousse puis plus tard, avec des spirites, des ésotéristes et notamment Catherine Theot, une ancienne domestique se proclamant « mère de Dieu » qui fonda une secte où la pompe des rituels voisinait avec le ridicule.

Les ennemis de Robespierre, dont Alexis Vadier, utiliseront ses liens avec Dom Gerle et la « mère de Dieu » pour l’attaquer comme déiste. Quant aux membres de la secte, ils se retrouveront en prison.

Libéré par la Convention thermidorienne, Gerle épouse sa concubine rencontrée à la secte. Il mourra en 1801.

Si Dom Gerle sauva sa tête de la guillotine, on peut affirmer qu’il l’a malgré tout perdue en esprit. La mystique révolutionnaire a fait de lui un défroqué, un apostat sombrant dans des croyances où le comique le dispute au grotesque.

Ce qui reste de Dom Gerle ? Sa présence symbolique dans le tableau de David : « Le serment du jeu de paume » (voir le détail du tableau dans la photo en tête d'article. Dom Gerle est représenté au premier plan dans sa robe de drap blanc).  Présence symbolique à double titre :

Il n’était pas présent ce jour-là, n’étant à l’époque que suppléant député

Il représente, dans le trio du premier plan, le clergé régulier passé à la révolution, fraternisant avec le clergé séculier et le pasteur protestant.

Remercions Philippe Auserve, faisant ici oeuvre d’historien soucieux des détails, pour avoir tiré de l’oubli, le temps d’une conférence, ce personnage typique d’une époque tourmentée et folle qui mit le désordre, non seulement dans la société, mais également dans les esprits.

Serge Weidmann

 

Vous trouverez ci-dessous le compte-rendu de la conférence paru dans La Montagne du 30/10/2017

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