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Daniele Auserve 2017

 

 

Retour sur la conférence de Danièle AUSERVE à l'Alliance française de Clermont-Ferrand

 

 


Jeudi soir, devant un public venu particulièrement nombreux, Madame Danièle Auserve, Professeur honoraire de grec à l’Université Blaise-Pascal, a prononcé une conférence sur Palmyre, la cité irremplaçable. Dans le cadre des conférences de l’Alliance française de Clermont-Ferrand, cette spécialiste des civilisations antiques a captivé son auditoire, en faisant revivre les trésors antiques, aujourd’hui disparus à la suite de la destruction des principaux joyaux de la cité syrienne par l’Etat islamique.


Retraçant tout d’abord un historique de la région, la conférencière a rappelé l’importance de cette ville-oasis, apparu sous son nom araméen de Tadmor (« la cité des palmiers »), qui, dans l’Antiquité, a exercé un certain pouvoir sur toute l’économie de la Syrie, en étant une étape du commerce caravanier entre la Mésopotamie et la côte méditerranéenne. Marquée par de nombreuses influences – grecque, romaine, arabe –, Palmyre est une ville dotée d’une riche histoire.

Dans un second temps, la conférencière évoque sa population. Il s’agit d’une population cosmopolitique, très hétérogène mais qui vit dans la concorde. Les gens de Palmyre ne sont pas des marchands, le commerce à Palmyre est un commerce de relais ; son aristocratie est très cultivée. Les statues et stèles antiques reflètent leur mode de vie en représentant des divinités, des caravanes de chameaux.

Enfin, dans un dernier temps est évoquée l’architecture de Palmyre, somptueuse et originale car mêlant de multiples influences. Appuyant son propos sur des photos prises il y a 25 ans, à l’occasion d’une mission de recherche, la conférencière permet ainsi à son public de voir ce qui n’existe désormais plus : l’imposant temple de Bêl, le petit temple de Baalshamin, le théâtre ou encore les « tombeaux-tours » très atypiques qui permettaient d’accueillir jusqu’à 200 personnes.

Inscrit au patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 1980, le site archéologique de Palmyre est aujourd’hui un site en péril. En détruisant à la dynamite ses principaux joyaux, ce n’est pas seulement le berceau de la civilisation qui est visé, c’est la civilisation toute entière qui est touchée… Concluant sa conférence, Mme Auserve cite Paul Veyne, historien et archéologue, auteur de Palmyre, l’irremplaçable trésor (Albin Michel, 2015) : « Palmyre était bien une cité, un lieu civilisé et cultivé mais dangereusement proche de la non-civilisation du monde ». Le public de l’Alliance française a pu s’en convaincre grâce à cette passionnante conférence si richement documentée.
M.E. B.


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Ces vestiges du passé sont-ils toujours là?

 

Palmyre hier et aujourd’hui:

« Je parlerai longuement de l’actualité à Palmyre », me confiait Mme Danièle Auserve avant son intervention. Mise au point nécessaire, que tout le monde attendait, mais qui laisse un goût amer lorsqu’on met en regard la grandeur du passé, la ténacité, la patience des archéologues avec le présent, la brutalité, la sauvagerie des hordes de la destruction.

C’est la France qui, après la première guerre mondiale, exhuma méthodiquement des sables de l’oubli Palmyre, la prestigieuse cité caravanière qui rayonna sur le monde antique et le début de l’ère chrétienne. Enrichie par le commerce de produits luxueux: étoffes de soie de Chine, cotonnades de l’Inde, ivoire, parfums, épices, elle apparaissait comme une oasis à l’architecture somptueuse.

Fondée par le peuple araméen, elle connut les invasions des Grecs d’Alexandre, des Romains, des Arabes enfin qui la détruisirent et la rendirent au désert Syrien.

Les archéologues ressuscitèrent les temples, les autels, les tombeaux et l’on put ainsi étudier et comprendre la civilisation qui s’y développa. La société de Palmyre, construite sur la grandeur de la famille, rayonna par la splendeur de son architecture, la noblesse des habitants, point essentiel que l’on mesure jusque dans les traits de leurs visages gravés sur les tombes.

Les fouilles furent incomplètes, les maisons privées, à quelques exceptions près, restèrent enfouies. C’est d’ailleurs une chance: elles ne risquent pas d’être détruites par les combattants de l’Etat islamique.

A l’heure actuelle, il est difficile de dire ce qui reste debout dans Palmyre, ce qui pourra être reconstruit ou pas: les destructions avec la dynamite font éclater les pierres, les rendant inutilisables. Il faut aussi savoir qu’il y a, en Syrie, d’autres lieux détruits par les rebelles mais aussi par l’armée régulière. On découpe les pierres sculptées, les fresques, pour les vendre. Juteux trafics! Des sanctuaires chrétiens, par exemple, ont également été rasés. Mais on n’en parle pas.

Une grande part de notre culture a donc volé en éclats en peu de temps. Pourquoi cela? Pour empêcher les touristes occidentaux de venir admirer les trésors du passé. On assassine donc à la fois l’histoire et le tourisme.

L’historien qui avait qualifié Palmyre de « lieu civilisé proche de la non-civilisation » ne savait pas à quel point sa définition était vraie.

S.W.

 
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 Lire l'article paru dans La Montagne du Samedi 14 Janvier 2017

confAuserve

 
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Bibliographie succincte:

Annie et Maurice Sartre, Palmyre, la cité des caravanes, Découverte Gallimard, 2008.
Paul Veyne, Palmyre, l'irremplaçable trésor , Albin Michel, 2015.
Mannar Hammad et Paolo Fabbri, Bel/Palmyra, Hommage, Geuthner/Guaraldi, 2016.
Ce dernier ouvrage est un livre grand format contenant des photos de certaines destructions, en particulier celles du temple de Bel. Ces photos sont excellentes.