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L'Alliance française fête la Francophonie

C'est avec beaucoup d’émotion que les universitaires et les anciens étudiants de Lettres et Sciences humaines de l’Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand ont accueilli, ce jeudi 17 mars 2011, leur ancien collègue ou professeur: Pierre Chuvin.

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C’est avec beaucoup d’émotion que les universitaires et les anciens étudiants de Lettres et Sciences humaines de l’Université Blaise Pascal de Clermont-Ferrand ont accueilli, ce jeudi 17 mars 2011, leur ancien collègue ou professeur: Pierre Chuvin.

Brillant historien français, helléniste reconnu, celui que sa collègue et amie, Danièle Auserve -par ailleurs membre du Conseil d'administration de l'Alliance française de Clermont- a qualifié, dans sa présentation, de « grand savant très modeste », était revenu en Auvergne pour présenter, au cours d’une conférence, ses activités en tant qu’ancien directeur de deux Instituts français d’étude à l’étranger : celui Asie centrale, basé à Tachkent en Ouzbékistan et celui d’Istanbul en Turquie.

C’était, de la part de l’Alliance française de Clermont-Ferrand, qui l’avait invité, une belle manière de fêter la semaine de la langue française et de la francophonie.

Retrouvez Pierre Chuvin dans le site CLIO:

http://www.clio.fr/espace_culturel/pierre_chuvin.asp

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Vous lirez, ci-dessous, le document d’information très complet que Pierre Chuvin nous a fait parvenir avant sa conférence.

De Samarcande à Tachkent et Istanbul...
Les Instituts de recherche archéologiques à l'étranger
Activités, rôle et rayonnement

par   Pierre CHUVIN

La coopération dite « culturelle », placée sous l’égide de nos ambassades, est un facteur important du rayonnement mondial de la France, dans le domaine d’une recherche tournée vers la connaissance du pays ou de la région d’accueil comme dans celui de la création artistique, la nôtre ou celle de nos hôtes.

Recherche et création sont également des stimulants pour la diffusion de notre langue ; même si on doit constater désormais la place prédominante de l’anglais, une de nos tâches est de maintenir la présence du français comme langue de travail. Et dans cette tâche, le réseau des Alliances françaises est pour nous un allié précieux.

« Nous » désigne ici un autre réseau, celui des instituts français de recherche en sciences humaines, exceptionnellement denses et riches d’un savoir multiple ; deux  d’entre eux seront présentés aujourd’hui. Cet exposé se fonde sur une expérience personnelle.

En effet, Pierre Chuvin, qui a fait toutes ses études à Clermont-Ferrand (de 1961 à 1966), puis a enseigné le grec ancien à la Faculté des Lettres (de 1967 à 1993), a été à deux reprises détaché de l’Université auprès du Ministère des Affaires Étrangères, d’abord pour fonder et diriger un Institut français d’études sur l’Asie centrale à Tachkent (de 1993 à 1998), puis pour diriger l’Institut français d’études anatoliennes à Istanbul (de 2003 à 2008). Entre 1998 et 2003, et depuis 2008, il a retrouvé l’enseignement du grec ancien, mais cette fois à Nanterre. Ce sont donc ces deux Instituts qui fourniront des exemples concrets de leurs activités, et sans que l’on veuille en faire des modèles : à la diversité des lieux où ils sont implantés répond celle des méthodes et des outils utilisés.

Durant ses deux séjours à l’étranger, Pierre Chuvin a eu la chance d’assister à une période de bouleversements intérieurs de libéralisation, suscitant de grands espoirs qui n’ont pas été tous déçus : il est arrivé à Tachkent deux ans après la dissolution de l’URSS, dans une période matériellement très difficile mais bouillonnante, marquée par un retour de tout ce qui avait été refoulé par le régime soviétique : quelques années d’une liberté de parole inédite dans cette région.

Pour ce qui est de la Turquie, la période de 2003 à 2008 a été à peine moins dramatique, sur fond d’insurrection kurde. Accompagnée d’un essor économique étourdissant, d’un épanouissement intellectuel favorisé par l’émulation entre les universités, publiques et privées, celles-ci richement dotées par de grands industriels, elle a mis en échec le pouvoir militaire qui depuis Atatürk tenait en tutelle le pouvoir civil. Une volonté d’européanisation, d’abord stimulée par la perspective d’une entrée, un jour, dans l’Europe, a perdu de sa force depuis que cette perspective paraît bouchée. Du coup, le réformisme bat de l’aile, la Turquie se réoriente vers son ancien territoire ottoman. Le chantier des libertés publiques reste à demi ouvert à demi fermé.

Dans ces conditions, quel est le rôle d’Instituts comme ceux qu'a dirigés Pierre Chuvin? Il est d’informer le public français, aussi objectivement, aussi sereinement, aussi complètement que possible, sur le pays ou la région d’accueil. Dans son présent bien sûr, avec l’aide de toutes les sciences qui concourent à sa compréhension, la sociologie, voire l’ethnographie, comme la géographie ou les sciences économiques. Et dans toute la profondeur de son passé, et que l’on n’imagine pas que l’archéologie, par exemple, est une occupation de professeur Nimbus. C’est une science, c’est aussi un fournisseur d’arguments idéologiques, providentiel ou dangereux. Avec l’histoire, elle propose un savoir chaud, je dirais même dans certains cas brûlant. Témoin la figure de l’Émir Timour (Tamerlan) en Ouzbékistan, promu héros national.

Nous en avons aussi fait l’expérience à Istanbul lorsque nous avons voulu participer à une tentative d’écriture d’une histoire commune, recevable par les différents pays des Balkans d’où venaient les historiens chargés de cette tâche. Un modèle était ici le manuel d’histoire franco-allemand. Avec la meilleure volonté du monde, et malgré toute l’honnêteté intellectuelle des savants invités, c’est actuellement impossible. Mais il est évident que ce chantier ne peut pas être abandonné.

En Turquie aussi, il y a des thèmes brûlants et le refus que l’on touche aux idoles : voir les réactions au feuilleton historique mettant en scène le plus grand des sultans ottomans, Soliman, dont on montrait (aussi) à la fois les penchants homosexuels et le goût pour les femmes, l’un et l’autre avérés. Ce prétendu scandale suscita une campagne d’un genre nouveau : des dizaines de milliers de plaintes contre la chaîne de télévision productrice du feuilleton furent déposées dans les tribunaux.

Il ne suffit donc pas au chercheur de chercher et partiellement trouver sa part de vérité : il faut encore la faire accepter, c’est vrai en Asie centrale et en Turquie, c’est vrai aussi chez nous. Il ne faut pas oublier que ce que nous constatons chez le voisin d’en en face a été, se trouve parfois encore, chez nous. Sur cet appel à la compréhension se clora ce très bref exposé de très longues questions.

Pierre Chuvin / ouvrages publiés et susceptibles d’être disponibles en librairie

Histoire de l'Asie centrale contemporaine, avec René Létolle et Sébastien Peyrouse, Paris, Fayard, 2008, 375 pages

Chronique des derniers païens : la disparition du paganisme dans l'Empire romain, du règne de Constantin à celui de Justinien, Paris, Fayard / Les Belles Lettres, nouvelle édition avec postface, 2009

J'ai vu la mer : anthologie de poésie turque contemporaine, Saint-Pourçain-sur-Sioule, éditions Bleu autour, mai 2010.

Mythologie grecque. Du premier homme à l'apothéose d'Héraclès, Fayard, 1993 ; éd. de poche, coll. Champs (Flammarion), 1998.

Mythologie et géographie dionysiaques. Recherches sur l'œuvre de Nonnos de Panopolis, éditions ADOSA, Clermont-Ferrand, 1992.

Samarcande, Boukhara, Khiva, Paris, Flammarion, 2001 (photos Gérard Degeorge).

Les Arts de l’Asie centrale (direction d’ouvrage collectif), éditions Citadelles & Mazenod, Paris, octobre 1999.